Conférence : les élections dans les pays arabes et la place de la femme (synthèse)

ven, 06/03/2020 - 11:58

La place de la femme dans les élections dans les pays arabes a été un axe majeur de la thématique générale abordée lors de la première journée du Congrès international « le rôle des médias dans l’amélioration de la crédibilité et de la transparence des élections » organisé par l’Organisation arabe des administrations électorales et la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Fadya Kiwan, professeur de sciences politiques à l’université de Beyrouth et directrice générale de l’organisation de la femme arabe (Ligue arabe), a abordé cette question sous l’angle de la place que les sociétés arabes accordent à la femme dans tous les domaines, parlant d’une « approche timide » en ce qui concerne les élections. Elle a fait valoir sa conviction que le monde arabe doit être régi par un consensus national fort sur le rôle de la femme, précisant que c’est processus difficile, dans un contexte difficile, mais que cette évolution est inéluctable. Elle a rappelé que, pour cela, ce qui se passait en Europe, avec dans un premier temps, le vote de ceux qui payent leurs impôts, ensuite le vote de tous les hommes avant d’accorder ce droit aux femmes, non sans une « résistance » forte de ceux qui pensent que la place de la femme est au foyer, pas dans l’administration ou la politique. Cette « discrimination », dans les candidatures notamment, montre qu’il ne faut pas travailler seulement à voter des textes, mais à changer aussi les mentalités, martèle Fadya Kiwan. Pour cette politologue émérite, les médias ne servent pas seulement à transmettre les informations ; ils sont devenus également une « arène » où se déroule une féroce bataille pour la préservation d’intérêts souvent contradictoires. Il est alors difficile de parler de médias neutres, parce que, dit Fadya Kiwan, on ne crée pas un média sans une « idée derrière la tête ». Une sociologie des médias est donc nécessaire pour appréhender tous ces changements qui font que l’accès à l’information transforme l’individu en sujet (quand il cherche à avoir la connaissance, ou en objet (quand on parle de lui dans les médias). Dans un tel contexte, la relation aux moyens, à l’argent est plus qu’évidente. Le temps, l’espace et la position (ordre et temps d’antenne) déterminent tous les critères de « discrimination », voulue ou non, entre les partis politiques et les candidats engagés dans une compétition électorale qui se doit pourtant d’être transparente ! D’où l’intérêt de recourir aux administrations électorales parce que, rappelle la présidente de l’Organisation de la femme arabe, « les gouvernements ne peuvent en aucun cas être neutres, parce que toute élection tend à bouleverser des équilibres, un rapport de forces ». Et les femmes, sont justement, victimes de ce rapport de forces, quand il s’agit de réclamer leurs droits à l’égalité avec les hommes : « en rentrant à la maison, je sais que la cuisine m’attend. Quand mon enfant échoue à l’école, ce sera aussi ma responsabilité à moi qui suis montée sur les estrades de nombreuses universités de renom », rappelle Fadya Kiwan. Certains médias sont ainsi dans leur rôle de « faux témoins » s’ils ne rendent pas compte de cette situation équivoque où les hommes décident et les femmes subissent le « supplice » de l’injustice. SNEIBA Mohamed